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Chaque coup ne doit pas être forcément gagnant

Chaque coup ne doit pas être forcément gagnant
 
26.04.19 - Nouvelle rubrique
«Je me souviens avoir été désigné pour lancer la première balle -le first pitch- lors du match entre les équipes nationales de baseball d’Allemagne et du Canada, en 2014 à Dortmund. Pour l’une des premières fois de ma vie, j’ai eu peur de rater la cible», reconnaît Bastian Kaestner, responsable d’une agence de communication et auteur, dans le magazine allemand Movo. La tradition veut que ce soit une personne extérieure aux deux équipes de baseball qui lance la partie.
«Parce que je me suis interdit de rater la cible, j’ai perdu ma légèreté. Ce soir-là, à mesure que j’avançais sur le terrain, je sentais une pression grandissante et je me demandais comment j’allais lancer cette balle alors qu’habituellement, je le faisais sans réfléchir.»

Le risque fait partie du jeu
Pour l’auteur allemand, dès que la légèreté se mue en pression du résultat, notre joie d’être productif s’envole. La peur de l’échec paralyse. Celui qui a peur ne se lance pas. Le scepticisme, le contrôle et la lenteur le gagnent.
«La réalité, c’est que sans risque, les chances de réussite sont nulles.
» Aujourd’hui, il est bien souvent question de succès, de réussite, dans le monde de l’économie surtout, mais pas seulement. Il suffit de regarder le nombre d’ouvrages de développement personnel pour s’en convaincre. «C’est comme si le marché du travail, en particulier sur le continent européen, n’aime pas les perdants.» Bastian Kaestner cite l’exemple des Etats-Unis, où pour obtenir un crédit, l’idéal est souvent d’avoir déjà échoué. «Outre-Atlantique, les investisseurs partent du principe que l’échec est formateur, qu’il augmente les compétences et l’expérience de l’individu.» En fait, peu d’ouvrages sont consacrés à des thèmes tels que «Résoudre ses erreurs», «De l’erreur au succès», etc. Est-ce que cela y changerait quelque chose? «Même en lisant ce type de livres, on continuerait à vouloir gagner, réussir», lance Bastian Kaestner.
«La réalité, c’est que nous ne nous autorisons pas à rater la cible! Ou du moins, nous ne nous autorisons pas à parler de nos erreurs à nos proches, nos amis.» La culture du «je-montre-mon-meilleur-visage» des réseaux sociaux n’aide évidemment pas. «Connaissez-vous ces personnes qui donnent l’impression de tout réussir, qui ne cessent d’évoquer leurs succès? Personnellement, je trouve ces personnes ennuyeuses. Elles n’incarnent pas un modèle qui m’inspire et ne m’apprennent rien», analyse Bastian Kastner.

Pour mieux rebondir
Et l’auteur de poursuivre: «Oui, c’est autorisé de rater la cible. Et oui, parfois il est même indispensable de rater la cible pour réussir. La question à poser est plutôt: comment gérons-nous ces coups ratés? Lorsque vous étiez enfant, ne vous est-il jamais arrivé de vous demander si vous étiez capable de sauter du plongeoir des trois, cinq ou dix mètres ou si vous parveniez à jongler avec un balle et encore une de plus? Plus nous grandissons, plus le monde nous paraît sérieux. Au lieu de tester les limites des possibilités de jeu, nous assumons des responsabilités et veillons au retour sur investissement. Pourtant, plus nous nous accordons d’espace pour prendre un risque, plus nous réalisons que nous sommes davantage capables que ce que nous dit la société. La bonne nouvelle, c’est que cette forme d’insouciance et de confiance, on peut la développer. Tout comme la capacité à rebondir lorsque le risque pris se transforme en échec.»

Vers le succès à venir
Martin, qui a postulé pour un emploi après avoir été longtemps indépendant, s’est entendu poser la question suivante, lors d’un entretien d’embauche: «Pourquoi avez-vous échoué?» Il a répondu: «Je n’ai pas échoué. Après plusieurs années de succès, mon entreprise ne fonctionnait plus selon mes attentes et ce, pour plusieurs raisons.» «Il n’a pas cherché à se justifier et n’a pas eu honte. Mais il a eu la lucidité de voir ce qui ne fonctionnait plus», explique Bastian Kaestner.
«Notre quotidien nous dit que l’échec fait partie de la vie. Celui qui ne commet pas d’erreur ne fait sans doute pas grand-chose d’autre. Lancer la balle. Rien de plus. Ma balle est partie, la trajectoire était propre et l’autre joueur l’a réceptionnée sans difficulté. Cette balle si angoissante m’a appris une chose: vouloir réussir sans risque, c’est jouer au baseball sans lancer la balle. Qui n’essaie rien ne gagnera jamais. Et rater sa cible fait partie du jeu.»

Christian Willi, inspiré du magazine allemand Movo

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