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Famille: Un temps pour faire la fête!

Famille: Un temps pour faire la fête!
 
26.04.19 - Les excès des fêtards font régulièrement la une des médias. Et pourtant, faire la fête est aussi bienfaisant. Avec nos amis, avec nos collègues oui... mais en famille? Découvrez des pistes pratiques dans ce dossier pour (re)découvrir l’utilité de la fête en couple et en famille. Entretien avec Sylvie Barth, théologienne spécialiste du couple.
Avons-nous perdu le sens de la fête?
Dans le passé, dans une société européenne majoritairement rurale, la fête permettait de célébrer la vie alors que le quotidien était marqué par l’épuisant travail dans les champs, la précarité des mauvaises récoltes, les maladies, les accidents, la guerre. La fête constituait la réponse à une aspiration à célébrer la vie de différentes façons. Sur la forme, la musique, la danse se pratiquaient largement, dans des coutumes partagées par tous. L’abondance des mets, les libations constituaient l’exception dans une frugalité ordinaire, pour tous.
La plupart d’entre nous avons les moyens de manger gras et sucré tous les jours. L’enjeu des fêtes est aujourd’hui différent. Les relations authentiques font peur. La fête est devenue un concept commercial et les beuveries effrénées sont accessibles aux bourses des adolescents. Nombre de ces derniers ne «font la fête» que sous une «conscience modifiée».
Dans une société individualiste et de solitude, l’alcool et les drogues semblent être le bon moyen d’entrer en contact avec les autres.

La société s’est urbanisée. Que reste-t-il des difficultés qui nous poussent à vouloir faire la fête?
Un couple ou une famille est à la fois un petit groupe de vie et de tâches. En effet, après l’euphorie des débuts, la vie de couple et de famille devient une course contre la montre pour réaliser toutes les tâches que nous et la société nous imposent. Pression du monde économique qui veut des collaborateurs bien reposés, bien nourris, présentables et sociables, pression des écoles qui veulent des élèves «prêts à être enseignés», ayant si possible acquis toutes les bases de la vie en société.

Quelles occasions mériteraient une fête en couple ou en famille?
Certains couples et familles fêtent l’arrivée du printemps, la fin des études de chaque enfant, la première dent de lait de leur progéniture, etc. Quand notre dernier-né a dit «oui» pour la première fois, nous avons fait la fête. En effet, pendant plus de trois ans, ses seuls mots avaient été «mapa» (pour papa et maman) et «non»! Nous avons fêté aussi le premier jour des vacances ou juste «pour le plaisir» d’être en vie et de s’aimer.

Quelles formes peut prendre la fête selon vous?
«Un bonheur est si vite arrivé», affirmait l’écrivain Jacques Salomé. Le simple fait de prendre un moment pour déguster un verre de cidre à deux, d’organiser une soirée crêpes, de préparer un pot-au-feu à deux ou en famille est déjà festif. Mais il nous arrive aussi de tout éteindre dans la cuisine et de nous éclairer avec des bougies le temps d’un repas, de mettre de la musique pendant le petit-déjeuner du dimanche, d’aller nous balader au clair de lune, de déjeuner dans l’herbe en semaine.
Je suis très sensible à la façon dont ma maman se réjouit de mettre la table en choisissant une jolie serviette en papier. A 91 ans, elle exploite chaque situation pour égayer son quotidien: en mettant des chaussettes douces et colorées, en se réjouissant de chaque rayon de soleil, en sélectionnant des aliments qu’elle apprécie, etc. Elle fait d’un petit rien une véritable fête.
C’est le cas aussi de l’un de mes fils, Jean, atteint de trisomie. Le moindre petit cadeau, le bisou du matin, la tranche du pain qu’il a cuite lui-même, tous ces petits extras lui procurent de la joie. En couple et en famille, le temps passe vite et les enfants grandissent à toute allure. Saluer les changements leur donne de la consistance, de la valeur.

La fête serait donc une forme de reconnaissance?
La question de la fête nous renvoie fondamentalement à la question de l’appréciation des choses dont nous sommes gratifiés. Je vois souvent des personnes faire grise mine lorsqu’elles ont une année de plus. Dommage. Pourquoi ne pas chercher à voir les bons côtés de notre vie? Car fêter, c’est célébrer la vie qui est là, la vie déjà vécue et donnée.
Pourquoi fêtons-nous (ou pas) notre anniversaire? N’est-ce pas une forme de reconnaissance pour les années reçues? Demain est de la musique d’avenir, l’inconnu. On sait en revanche que d’être là aujourd’hui à notre âge n’est pas un dû ou un acquis, mais un cadeau.
Ne vaut-il pas mieux, en ce cas, se préparer à la prochaine fête que de regretter celles d’antan sous prétexte que la vie est trop triste ou trop difficile? Elle sait l’être, mais n’ajoutons pas la morosité quand rien ne le demande. Quand je vais dans des pays dits défavorisés, ce qui me frappe le plus est la capacité à fêter, à rire, à partager de la joie de vivre. La vie est toujours un miracle, célébrons-le!

Propos recueillis par Christian Willi

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