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La famille, le lieu de transmission par excellence

La famille, le lieu de transmission par excellence
 
28.04.15 - Dans un monde où chaque génération semble s’inscrire en rupture avec la précédente, le philosophe Fabrice Hadjadj rappelle l’importance de la transmission au sein de la famille. Entretien avec ce père de cinq enfants, auteur de «Qu’est-ce qu’une famille?» (éd. Salvator).
Pour vous, la famille reste à la base de la société, quand bien même le monde vous semble toujours plus en perte de repères.
Mais concrètement, y a-t-il encore quelque chose que l’on peut transmettre à nos enfants?

Bien sûr! La génération suivante doit se vivre, pour bien vivre, comme héritière de la génération précédente, et ne pas prétendre tout recommencer à zéro et se considérer comme supérieure. C’est la condition pour qu’on lise encore des penseurs d’autrefois, par exemple Platon, Balzac ou Rousseau: on reconnaît une antécédence et le fait qu’ils ont encore quelque chose à nous apporter.

Quel est donc le problème si les familles oublient qu’elles ont quelque chose à transmettre aux générations suivantes?
Penser que l’on n’a rien à transmettre, c’est grave. La paternité n’est possible que dans le cadre d’une certaine tradition. Si l’on nie la tradition en entrant dans un modernisme au sens premier du terme, le plus jeune devient le vénérable et le vieux le vulnérable. C’est pourtant l’inverse dans toutes les sociétés traditionnelles. Le jeune est le vulnérable parce qu’il pourrait passer à côté de la sagesse de ses pères.
Il y a dans la société moderniste un grand retournement, où l’on perd la paternité parce que l’on perd la tradition.

Comment expliquez-vous ce revirement de situation?
Aujourd’hui, la génération humaine est de plus en plus calée sur la génération des produits. Or il y a une différence entre les deux: la génération humaine ne supplante pas la génération précédente, tandis que la génération des produits rend obsolètes les produits précédents. Le nouveau-né est perçu comme le produit innovant qui supplante ce qui précède. Les jeunes sont ceux qui sont capables d’utiliser les derniers gadgets et de les expliquer aux anciens. En conséquence, c’est le plus jeune qui va l’emporter et l’on va croire que c’est lui qui a l’autorité. Si l’on succombe à cette mentalité du progrès sans fin, de l’innovation sans fin, on va se mettre à douter que l’on a vraiment quelque chose à transmettre.

Comment les parents peuvent-ils donc faire prendre conscience à leurs enfants qu’ils ont réellement quelque chose à leur transmettre?
L’essentiel, c’est d’être présent! De passer du temps avec l’enfant, dans la joie d’être ensemble. Le pape François a dit qu’il demande régulièrement à des pères: «Est-ce que vous jouez avec votre enfant?». Grande question! Le jeu avec l’enfant est plus propre au père qu’à la mère. Cela n’exige aucune expertise!
Il est donc essentiel de préserver un lieu où le lien familial peut se tisser, mais ce lieu existe de moins en moins. La famille a longtemps eu un point de convergence naturel: la table familiale, qui rassemble plusieurs générations et où la transmission peut se faire. C’est pour cette raison que dans le judaïsme, la table, surtout du shabbat, est capitale. Le shabbat n’est pas qu’un rite synagogal, mais domestique. La table est un lieu où l’on tisse des relations.

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