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Le piège des secrets de famille

Le piège des secrets de famille
 
13.02.12 - De nombreuses familles sont intoxiquées par un secret lourd à porter. Mais ne vaudrait-il pas mieux oser en parler plutôt que de se laisser ronger par un passé douloureux? Comment en faire part à nos enfants?
Notre histoire de famille est remplie de personnages que nous connaissons bien, comme le père et la mère, les grands-parents ou les frères et sœurs, et d’autres dont nous ne savons presque rien. Mais l’histoire de ces générations passées peut malgré tout exercer une influence sur nous, sur notre présent familial, que nous en soyons conscients ou non. C’est le cas lorsque nos ancêtres étaient détenteurs d’un secret plus ou moins lourd, dont l’impact se fait ressentir plus loin.

Des sujets tabous, car honteux ou douloureux
Les secrets de famille sont très souvent des sujets tabous, des «squelettes dans la cave» dont on ne parle pas, parce qu’ils font honte à l’histoire familiale, parce qu’ils risquent d’en entacher la réputation ou qu’ils sont trop douloureux pour être partagés: un problème d’alcoolisme ou de toxicomanie, un suicide ou un avortement, une violence subie ou dont un proche a été responsable, une maladie mentale ou une dépression, etc. Rien à voir, ici, avec les «trésors au grenier», ces souvenirs privilégiés et heureux que l’on n’est pas forcément censé étaler au grand jour parce que l’on préfère les garder dans l’intimité.

Caché à la famille, le secret devient toxique
Pour les «squelettes dans la cave», on observe souvent qu’une énergie particulière est appliquée dans des familles pour essayer de les étouffer. Cela est en particulier vrai des secrets graves tels l’inceste, les abus sexuels, la prison ou une mort difficile. Lorsqu’une famille détient ces secrets, elle peut être tentée, en effet, de les gommer de sa mémoire, pour protéger son intimité psychique et physique et pour préserver celle de ceux qu’elle aime. Cette réaction peut sembler normale.
Mais une telle forme de déni comporte bien des dangers, car le secret fonctionne dans notre inconscient. Il reste présent et actif dans notre espace psychique et individuel, et finit par peser lourd. Il peut même devenir carrément toxique lorsque, pour une raison ou une autre, il est vécu comme une contrainte.
Non seulement le secret nous pèse, mais il se renforce aussi au fil des générations. Tout se passe dans notre inconscient; or, l’inconscient est transgénérationnel, il se transmet de génération en génération.

Dépression et comportements étranges
J’ai été un jour confrontée à une situation familiale difficile, pourrie par un secret de famille. Chaque automne, après les vacances d’été, le fils de quinze ans avait un comportement bizarre. Visiblement déboussolé, il se renfermait sur lui-même et se mettait à voler. A la même période, sa mère commençait à montrer des signes de dépression. J’ai découvert la vérité quand elle s’est mise à parler: «Il y a quelques années, en octobre, mon premier mari, le père du jeune homme, s’est tué dans un accident avec une voiture de course qu’il avait volée. Il avait trop bu. Cette mort était tellement honteuse que j’ai suivi le conseil de ma mère de ne rien dire à personne, même pas à mon second mari.»
La question est restée taboue, et cette femme a seulement raconté que son premier mari était mort accidentellement. Ce secret de famille a eu un impact sur sa vie, sur celle de son fils et sur leur entourage. Apprendre la vérité a été très libérateur pour tout le monde.

 
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