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«Nous n’arrivons pas à parler de sexualité»

«Nous n’arrivons pas à parler de sexualité»
 
04.11.19 - Le langage des corps s’allie pourtant bien au langage des mots. Quelques pistes pratiques pour que l’un pimente et facilite l’autre.
«Nous n’arrivons pas à parler de sexualité en couple ou nous n’avons pas la même façon d’en parler.» Sujet tabou pendant des siècles, la sexualité s’étale à notre époque de telle sorte que l’on pourrait croire qu’en parler est simple, voire banal. Mais chaque individu reste unique avec son héritage familial, son parcours amoureux et sa perception sensorielle. De fait, la plupart des couples ne parlent pas facilement de leur sexualité.

Pourquoi une réticence à parler de sexualité en couple?
La pudeur est encore de mise, du fait de l’éducation ou par choix. Parler de son corps, nommer les différents organes est difficile voire honteux. Parfois, c’est la peur qui freine la parole. Peur de blesser par des paroles maladroites, d’être jugé ou incompris, de paraître incompétent, exigeant, ou encore grossier.
Le mythe d’une sexualité automatiquement satisfaisante empêche aussi les partenaires de s’exprimer.
Si l’épanouissement sexuel est une évidence, nul besoin d’en parler! Pour certains, parler de sexualité en couple lui conférerait un aspect trop technique qui ne lui sied pas. Pour sauvegarder la spontanéité de l’innocence, on préfère rester dans les non-dits, sans chercher à comprendre les mécanismes corporels et psychiques en jeu.

Les bienfaits d’une parole libre
Chacun n’ayant pas une implicite connaissance des ressentis de son conjoint, savoir ce qui plaît et ce qui déplaît se devine un peu mais pas totalement et pas toujours. Pouvoir le vérifier dans un dialogue franc permet de sortir des idées préconçues stéréotypées et d’ajuster son comportement.
Si la sexualité donne la parole premièrement aux corps, le premier organe sexuel reste le cerveau! Notre représentation mentale, nos émotions, notre affectivité sont extrêmement sollicitées lors des relations sexuelles. Pouvoir mettre des mots sur ces ressentis permet à chacun de grandir dans l’acceptation de soi. Pouvoir confier son intimité à son partenaire en toute confiance est un cadeau précieux qui crée aussi une complicité.
Bonheurs et frustrations sexuels ont un impact fort sur la relation conjugale. Par quelques phrases bien formulées, on peut éviter des blessures narcissiques graves. En sachant par exemple proposer une rencontre sexuelle sans l’imposer ou la remettre à plus tard sans la refuser abruptement, on fait grandir pour chacun le sentiment d’être respecté.
Si une relation se trouve en échec ou insatisfaisante, pouvoir partager quelques mots d’apaisement avec tendresse contribue à éviter la dramatisation d’un silence pesant.
Par un langage amoureux imagé, on peut partager une émotion et faire croître le désir. Il y a un lien entre le langage du cœur et du corps. La bouche prononce les mots et embrasse la peau.
Oser aborder la question de la sexualité permet aussi au couple d’utiliser le temps comme un atout. La fidélité se nourrit de la conviction que la qualité de la relation sexuelle peut s’améliorer avec le temps, au fur et à mesure d’un apprivoisement mutuel et de l’évolution corporelle et psychologique de chacun. Cela se fera dans un esprit de compétition mais sereinement par la confiance qui grandit et la complicité qui s’approfondit.

Quelques idées pratiques
Pour aider à trouver les mots, on peut par exemple prendre appui sur un article de revue ou un chapitre de livre et le faire lire à son conjoint en lui signifiant en quoi cette lecture rejoint son expérience propre.
On peut aussi créer à deux un vocabulaire secret poétique pour désigner la rencontre sexuelle, les différents moments, les organes de chacun. Par exemple, l’expression chinoise est: «le jeu de la pluie et des nuages»! Utiliser des codes symboliques pour proposer une rencontre: une tenue de nuit spécifique, un parfum, un objet à poser sur la table de nuit... et prévoir aussi un joli objet ou une petite carte à offrir pour évoquer un report vers le lendemain. Parler du sujet dans un moment favorable quand un cadre doux et bienveillant est déjà posé. En évitant d’interrompre pour cela, le dialogue des corps, s’il est déjà lancé. Rejeter toute forme agressive et accusatrice mais parler de soi, de ses désirs, de ses joies et ses difficultés avec clarté et simplicité. Accepter d’écouter autant que de parler. Enrober cet échange d’une tendresse non verbale faite de regards et de proximité physique.
Les mots sont là pour nous rassurer mutuellement et tisser la toile de la confiance qui sert de tente protectrice à la communion des corps.

Nicole DEheuvels, pasteure, conseillère conjugale et familiale et responsable de l’Association La Cause

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