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Un cancre et un élève modèle dans une même fratrie: la preuve que la méthode doit s’adapter

© Istockphoto
C’est désormais connu, le système scolaire traditionnel n’est pas adapté à tous les enfants. La dominance cognitive doit être prise en compte de manière plus large. Dès lors, comment accompagner et encourager un enfant qui montre des difficultés à l’école? Perspectives.
David Nadaud

Nombreux sont les enfants qui ont du mal avec le système scolaire. Louis est de ceux-là, contrairement à son frère qui est brillant à l’école et destiné à devenir ingénieur. La grande différence entre les deux garçons n’est pas leur intelligence, mais leurs méthodes d’apprentissage: alors que son frère peut apprendre tranquillement ses leçons par cœur sans se poser de question, Louis a besoin de comprendre comment les choses fonctionnent pratiquement. Il a des difficultés avec l’orthographe et échoue à ses examens.

Louis a toujours aimé les locomotives, les ponts et autres mécanismes. Il veut devenir inventeur et construire lui-même une automobile. Déjà dans sa chambre s’entassent des outils. Son père se plaint de la situation de son «cancre de fils» et ne prend pas très au sérieux cette passion débordante, sans l’interdire pour autant. Il l’encourage même lorsque pour ses quatorze ans, il lui offre un vieux moteur, que le futur inventeur de la boîte de vitesse et des amortisseurs va consciencieusement bricoler dans un appentis au fond du jardin de ses parents. Ce jeune Louis dont l’intelligence n’est pas adaptée au système scolaire classique c’est Louis Renault le fondateur de l’empire industriel Renault.

Le système scolaire est-il à blâmer?

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Guillaume Bousquet, co-fondateur de Pédagovie, dont le but est de prévenir et rééduquer les difficultés d’apprentissage, réagit à cette histoire prise en exemple: «Il existe une pression sociale selon laquelle si tu ne réussis pas à l’école, tu ne réussis pas dans la vie. Mais cet a priori n’est pas une réalité. Les études sont très claires: ce qui permet d’avoir une vraie réussite socio-professionnelle, c’est d’une part le développement de l’intelligence émotionnelle, ainsi que le développement des compétences exécutives qui permettent d’agir de façon organisée pour atteindre ces objectifs. Ce n’est pas non plus le quotient intellectuel.»

Celui qui a enseigné le français pendant treize ans au niveau secondaire en France explique: «Chaque enfant est différent. Ce n’est pas parce qu’il ne réussit pas scolairement qu’il ne pourra pas réussir plus tard dans la vie et s’épanouir professionnellement et socialement. La différence de réussite dans une même fratrie, avec des enfants ayant suivi le même parcours scolaire, la même pédagogie et les mêmes enseignants est une réalité. Il y a des profils qui sont désavantagés par le système scolaire: une méthode de lecture qui fonctionne en partie avec un enfant, mais est difficile pour un autre, car elle ne correspond pas à son profil.»

Apprendre en fonction des affinités de l’enfant

Guillaume Bousquet, passionné par son sujet entre dans le détail de ces différents profils: «L’accès au monde, à la connaissance, ne se fait pas de la même façon pour tous. En fonction de sa dominance cognitive - auditive, visuelle ou kinesthésiques (perception des déplacements des différentes parties du corps NDLR) - l’enfant va développer son apprentissage et accéder à la connaissance et à son savoir en fonction de qui il est, même si l’approche pédagogique est la même que pour les autres. Certaines approches pédagogiques ne correspondent pas du tout à certains profils. Les élèves les plus en difficulté dans les modèles éducatifs, qu’ils soient français, suisses ou belges sont les profils qui ont une prédominance auditive ou kinesthésique auditive. Ce sont des enfants qui ont besoin d’un univers de verbalisation, de reformulation, où la parole est présente. Ce n’est pas mis en avant avec des programmes scolaires qui vont dans le blocage de la verbalisation avec par exemple la lecture silencieuse, ce qui est absurde d’un point de vue du développement cérébral.»

Accompagner l’enfant

Celui qui consacre désormais son temps aux enfants en échec et aux adultes qui les accompagnent est catégorique: «Quand un enfant rencontre des difficultés, ce n’est pas forcément parce qu’il a des problèmes ou un trouble. C’est d’abord clairement parce que le système scolaire n’est pas adapté. Il ne prend pas en compte son propre rythme et lui impose un apprentissage à un âge où il n’est pas forcément prêt.»

Parfois, ce n’est pas la pédagogie qui est à l’origine de l’échec. «Il faut donc connaître la source de cette difficulté», intervient la psychologue Sonja Dubouchet: «Est-ce une déficience? Une place particulière dans la fratrie, dans l’histoire de la famille? Il est important d’identifier quelles sont les raisons qui le mènent à l’échec. Il ne faut donc pas hésiter à se tourner vers des professionnels» conseille-t-elle encore. «Quel qu’il soit» reprend-elle, «il est important que l’enfant puisse être accompagné au maximum au niveau scolaire, mais également qu’il puisse s’épanouir dans un domaine d’aisance comme nous l’avons vu avec l’histoire de Louis Renault.»

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