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La décence à l’épreuve du look des ados: comment gérer ?

© Istock
Trop court, trop moulant ou trop bas, le look de nos ados n’en finit plus de susciter des débats. Au-delà des polémiques, où est donc passée la notion de décence ? Michel Fize, sociologue et auteur, nous répond.

Que se joue t-il autour de la tenue de nos jeunes à l’école ? 

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On a d’un côté une génération qui s’affirme et qui revendique le droit de porter les tenues de son choix. De l’autre, le monde Adulte avec un grand A qui brandit sa responsabilité à l’égard de la jeune génération en terme d’éducation et d’apprentissage. Les adultes ont le pouvoir de juger ce qui est bon ou pas bon, juste ou pas, tolérable ou pas pour les enfants, au risque de formater la jeune génération. A l’école, les responsables considèrent que dans l’espace public et privé, les tenues sont libres à partir du moment où elles ne portent pas atteintes à la décence. Les filles revendiquent aujourd’hui leur féminité, non plus vécue comme une infériorité mais comme un facteur d’identité. Or si l’école n’est pas un lieu particulier, c’est un lieu différent. Il est nécessaire de poser clairement la question de ce que l’on doit porter ou pas. Il est souhaitable de définir que la tenue est libre, dans la limite de la décence.

Comment qualifier la décence ?

Il n’y en a pas quand on dépasse la mesure. Si une jeune femme se présente avec un haut qui dévoile fortement sa poitrine, c’est indécent. Pour les garçons, il s’agirait de marcels ou de pantalons très bas qui laissent apparaître le caleçon ou plus encore. Il faut réhabiliter cette idée de décence sans quoi tout est permis: une mini jupe serait-elle encore acceptée comme dans les année 60 ? Il faut en discuter. Nous appartenons à une société de l’apparence. Le vêtement est le principal facteur identitaire à l’adolescence. Même si le diktat des marques est un peu moins important qu’autrefois, la règle principale aujourd’hui est : « je m’habille comme je veux ». Le mot liberté efface un peu le conformisme.

Comment réagir et quelle posture adopter ?

Une position tutorale est nécessaire: il faut accompagner et non imposer, et faire appel à la concertation, même si cela n’est pas du goût des parents. Quand on dit que les enfants doivent leur obéir, c’est aussi se rappeler qu’ils doivent pouvoir s’exprimer, sans déposséder les parents de leur responsabilité. Les parents sont garants d’une mission et non d’un pouvoir. 

Comment accompagner enfants et ados à se construire vers une sociabilisation stucturante ?

Pour moi le premier principe de l’éducation, c’est l’exemplarité. Très jeunes, j’encourage les parents à dialoguer d’abord avant de décider. Les enfants comprennent très tôt ce qu’on leur impose ou bien qu’on souhaite leur imposer un point de vue. J’ai toujours en mémoire l’image de la maman qui dépose sur le lit ce que l’enfant doit porter. Or très vite celui-ci a des revendications car il est happé par les images de mode. Entre hyperféminisation, conformisme et laisser-aller, quel regard transmettre à son enfant sur le plan de l’identité et du respect de soi à travers l’objet du vêtement ?

A l’adolescence, on n’impose rien mais on peut leur proposer un éventail de choix et faire appel à la concertation. Lorsqu’ils sont très jeunes, les parents se substituent à la volonté des plus petits mais dès 6-7 ans, l’adulte peut lui expliquer les limites de certaines tenues. Le dialogue, l’échange et l’argumentation sont à développer avec l’enfant dès son plus jeune âge jusqu’au point du raisonnable. Plus grand, c’est lui apprendre à respecter les autres et à contrôler ses désirs naturels. Restez transparents et expliquez-lui l’impact de telle tenue chez les garçons, surtout à l’âge de la puberté, mais aussi chez les filles qui se jugent beaucoup entre elles. Les parents doivent tenir un vrai message éducatif, un discours rassurant et solide qui nomme les choses. Cela fait partir des valeurs que les parents doivent transmettre : le respect, la tolérance, la non-violence et la discussion.

Des propos recueillis par Christelle Bankolé.

Dossier: Adolescence
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