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Cas d’école: entre mode et confort, comment choisir la tenue de nos petits ?

© Istock
Si la tenue des enfants s'avère parfois un casse-tête pour les parents, les enseignants sont eux aussi concernés. Face aux sirènes de la mode, ils rappellent l'enjeu prioritaire de l'apprentissage et du bien-être des petits à l'école. Interview.

Si la tenue des enfants s’avère parfois un véritable casse-tête pour les parents, les enseignants sont eux aussi concernés. Face aux sirènes de la mode, ils rappellent l’enjeu prioritaire de l’apprentissage et du bien-être des petits à l’école. Interview avec Hélène Aumonier, professeur des écoles en activité près de Paris et éducatrice spécialisée.

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A quelles situations êtes-vous confrontée à l’école ?

Celles que l’on rencontre le plus fréquemment à l’école maternelle -mais qui peuvent aussi se décliner chez les plus âgés- sont les tenues non adaptées à l’activité scolaire. Une tenue peu fragile est préférable. Une journée d’école suppose l’utilisation d’encres, de feutres, de peinture, avec deux récréations en extérieur quotidiennes et une séance quotidienne de sport. Les habits précieux et/ou de marques peuvent être réservés pour la maison. 

La tenue doit pouvoir favoriser l’autonomie. Lorsqu’un enfant se lave les mains par exemple, cela nécessite au préalable de pouvoir relever ses manches. Or les chemises avec boutons aux poignets peuvent freiner son autonomie. L’enfant pourrait ressentir un sentiment d’échec car il n’aura pas été en capacité d’anticiper ni de remédier au problème. Ses niveaux de coordination et de motricité fine ne lui permettent pas encore de réaliser le geste du déboutonnage. Les salopettes, les combinaisons (problème pour l’utilisation des toilettes), les vêtements avec boutons ou chaussures à lacets sont quelques autres exemples qui posent aussi souci. Les vêtements à fermeture ou chaussures à scratch sont préférables.

Vous évoquez aussi l’orginalité vestimentaire. 

A l’école, c’est un élément à prendre en compte. Une tenue « discrète» permet d’éviter de détourner l’attention des élèves de l’apprentissage par un aspect attractif. En maternelle, nous rencontrons actuellement un problème avec les baskets à semelles clignotantes à tel point que nous avons dû préciser cet interdit dans le règlement de l’école. Lors des temps dits de regroupement sur les bancs de la classe, alors que l’enseignant recherche parfois laborieusement l’attention de tous les enfants, il est fréquent qu’elle soit déplacée vers celui ou celle qui va faire clignoter ses baskets… en tapant des pieds ! Or l’attention est essentielle, elle fait partie des tâches cognitives répertoriées permettant d’accéder à la réussite des apprentissages scolaires. 

Et les chaussures clignotantes ne sont pas les seules mises en cause…

Les tee-shirts à paillettes réversibles, les serre-têtes avec des oreilles de chat pour les filles, les gadgets ou encore récemment les baskets licornes posent le même type de problèmes d’attention ! L’enseignant ne fait toujours pas le poids face à ces stimuli.

Qu’est-ce qu’une tenue pratique finalement ?

C’est une tenue simple pour l’école qui favorise l’autonomie et l’apprentissage. Elle est adaptée et confortable pour le sport et permet une liberté de mouvements. L’enfant doit pouvoir évoluer dans les meilleures conditions possibles pour apprendre et partager avec les autres. Pour les parents un peu perdus et désemparés, il est toujours possible de venir interroger les professionnels de terrain.

Comment l’expliquer à son enfant?

Il me paraît essentiel de lui expliquer le champ des possibles, en anticipant avec lui le choix de la tenue afin de ne pas être pris de cours le matin par des demandes impossibles voire une colère. Anticiper, parler, écouter, argumenter, élaborer ensemble me paraissent de bonnes habitudes productives. Les enfants – aussi petits soient-ils- peuvent entendre et comprendre ce qui se joue, mais cela nécessite des temps d’échanges réguliers et de la répétition. Poser un cadre et expliquer le sens des interdits sont à la base de toute éducation et des tâches de tout intervenant éducatif qu’il s’agisse des parents, d’un membre familial, d’un éducateur ou d’un professeur. Nous occupons chacun la fonction d’un tuteur qui guide et aide l’enfant à bien grandir et se développer. 

Est-ce qu’à l’instar d’autres spécialistes, vous évoqueriez la question de la décence également ?

La décence est aussi une question majeure quant aux tenues des plus grands, mais ce n’est pas le seul paramètre, même s’il est fondamental. La tenue doit être adaptée au contexte, à l’objectif visé. C’est valable aussi chez les ados lors d’une soirée entre copains, d’une cérémonie de famille ou au travail. Quand aux « marques » à l’école, elles créent à mon sens une différence sociale qui peut nuire à la socialisation. Or avec une tenue tout à fait basique, chacun peut s’exprimer et s’individualiser à sa façon, dans son être, sa capacité à se projeter et à s’organiser … pour se différencier. L’idée est bien de construire une pensée et une démarche avec nos enfants et nos jeunes à travers des échanges fréquents, respectueux et fructueux, en interrogeant par exemple nos pratiques anciennes et en les modulant au besoin avec la nouvelle génération. Comment ? Pourquoi ? Et pour quel(s) objectif(s) ? Ce sont des questions essentielles.

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