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Covid: comment répondre à la détresse de nos jeunes?

© Istock
La souffrance psycho-sociale chez les jeunes ainsi que les crises suicidaires sont en hausse. Entretien avec Sylvie Tordjman, professeur en pédopsychiatrie et co-auteure de «Du confinement au déconfinement: nouvelles perspectives en pédopsychiatrie» (ebook disponible sur le site osf.io).
Sandrine Roulet

Quelles sont les causes de cette souffrance chez les jeunes et les ados?

On a identifié plusieurs causes de ce mal-être psychologique. Il faut savoir que les crises suicidaires ont été multipliées par deux depuis début décembre. Nous n’avions pas ces chiffres au printemps, ce d’autant que les collégiens ne sont pas reconfinés et les lycéens vont en cours à mi-temps.
En cause, la diminution des activités extra-scolaires sociales, aggravée par le port du masque, qui gêne l’expression des émotions. L’enquête de l’Agence nationale de la sécurité sanitaire montre que deux tiers des adolescents ont moins d’une heure d’activité physique par jour et deux heures de consommation d’écran. On paie aujourd’hui les effets de ce premier confinement.
Cette situation s’est répétée (à la maison, ndlr) pour eux sans qu’ils puissent anticiper la fin ou se projeter dans l’avenir. L’absence de perspectives pour voyager se prolonge. Tout cela entraîne un stress chronique auxquels s’ajoute un contexte d’inquiétude, d’incertitudes et de précarité sociale, avec un risque de chômage. Il y a aussi un mal-être sociétal exprimé par les médias ou les proches. Et sans compter la dépression saisonnière liée au manque de lumière.

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Mais si les écoles sont restées ouvertes, tous n’en ont pas repris chemin…

Oui, on a constaté un absentéisme scolaire voire une totale déscolarisation. Sortir du cocon familial a été difficile pour certains qui avaient vécu une sorte de régression (même parmi les étudiants). Alors être reconfinés en octobre (en France, ndlr) a provoqué des décompensations avec un retrait important, un état d’angoisse, des troubles psychologiques, parfois même des idées suicidaires sévères.
Certains jeunes étaient déjà vulnérables avant la pandémie mais tenaient la route grâce à leur lien avec l’extérieur. Le huis clos familial a aussi été une source de violence intra-familiale (+30%). Des enfants ont assisté à des violences conjugales. Enfin, la perte des repères temporels, une désynchronisation des rythmes de sommeil et de l’horloge biologique ont entraîné des troubles anxieux, psychotiques voire dépressifs. D’où l’importance de maintenir un cadre afin que les jeunes sortent pour aller en cours en présentiel pour la socialisation. Le mouvement physique implique le mouvement psychique.

Quel est le rôle des parents, face à la souffrance psycho-sociale?

Un accompagnement éducatif ou psychologique peut leur être proposé, pour les aider à gérer leur jeune et … son portable. Ils ont un rôle de modèle: respecter des heures régulières de coucher et de lever, partager des repas équilibrés en famille, veiller à ce que leur jeune reste scolarisé, sorte à l’extérieur et ait une activité physique. Dans la mesure du possible, maintenir plusieurs lieux de convivialité (cours de théâtre, sport), afin que le jeune puisse décharger son stress.

Family 1_2021
Magazine Family

Article tiré du numéro Family 1/21 Février – Avril 2021

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