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L’écran, ce colocataire trop envahissant

© Istock
A l’ère du numérique, on vit en ménage avec nos téléphones, qui prennent bien souvent une place un peu plus grande que nécessaire. Entretien avec André Letzel, conseiller conjugal et sexologue.
Maryline Richard

Comment observez-vous l’usage des écrans auprès des jeunes adultes depuis le début de la pandémie?

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Les réseaux sociaux jouent un rôle encore plus important qu’en temps normal. Lorsqu’ils sont bien maîtrisés, les écrans permettent d’enrichir le dialogue et les échanges d’opinions après avoir visionné par exemple une vidéo sur Internet. Le smartphone permet aussi de partager ses sentiments et montrer son attachement à son partenaire par le biais d’un message en plein milieu de la journée: «Je pense à toi, j’ai envie de te prendre dans mes bras.» Mais ces différents outils peuvent aussi être source de frustrations et mettre en péril la pérennité de la relation.

A quel moment son utilisation devient-elle excessive?

La relation peut se dégrader lorsque l’un des partenaires a la sensation que l’écran devient hypnotisant pour l’autre: il manifeste une impatience palpable pour répondre à un message ou enchaîne indéfiniment des vidéos, au détriment du partenaire qui se sent mis à l’écart. L’écran devient un VIP (Very Important Person) dans le couple. Je parlerais peut-être davantage de compensation que de dépendance. La question à se poser est: que suis-je en train de compenser? Le virtuel peut vite devenir une mise en scène qui, certes, raconte une histoire, mais qui, comme toutes les histoires que l’on (se) raconte, n’est pas forcément véritable. La gestion des écrans est nécessaire mais elle n’est pas le véritable problème en soi. C’est plutôt «l’arbre qui cache la forêt.»

Comment en parler à son conjoint?

Une généralité valable dans tous conflits: le «tu» tue. Mieux vaut nommer le fait et partager ce que cela provoque en soi comme: «Quand tu es devant l’écran, j’ai l’impression que tu ne t’intéresses plus à moi et cela me fait mal.» De plus, lorsque l’un des partenaires affirme: «Tu passes plus de temps avec tes amis Facebook qu’avec moi», c’est une plainte à prendre en considération, qui exprime en réalité d’autres choses plus profondes. L’écran est un symptôme, un révélateur de conflits déjà existants. Il est important de rester dans un dialogue permanent. Enfin, il peut être intéressant d’évoquer des règles. On peut instaurer par exemple le fait de ne pas avoir de téléphone à table ou dans la chambre à coucher ou devantun film, d’éteindre son téléphone professionnel spécifique en fin de journée ou de s’organiser des moments en amoureux sans portable. C’est à chacun de négocier ce qui lui convient.

Propos recueillis par Maryline Richard

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ENCADRÉ: ÊTRE PRÉSENT N’EST POSSIBLE QU’AVEC LES CINQ SENS

«Le problème d’addiction ne s’évalue pas en termes d’heures mais au niveau de la rupture des liens sociaux», avance Michaël Stora, psychologue et co-fondateur de l’Observatoire des mondes numériques en sciences humaines. «Nous passons notre temps en réunions virtuelles. Le tactile risque de devenir une urgence sanitaire, car on ne se touche plus, on ne se sert plus la main, on ne se fait plus de bise. Pourtant, le sentiment de présence n’existe qu’avec nos cinq sens. L’écran fait écran sur une vraie problématique de communication au sein du couple. On a besoin d’être en contact avec les autres, c’est essentiel!»

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