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Pour devenir Président, il a dû négocier avec sa femme

© Dukas_PA-Photos
Conscients de l’impact qu’un engagement politique aurait sur leur famille, Barack et Michelle Obama sont passés par de nombreuses heures de discussion, de compromis et de promesses avant de se lancer. Loin du glamour américain, les conjoints ont traversé de nombreuses tempêtes, toutefois sans jamais remettre leur couple en question. Aperçu.
Christian Willi

L’image glamour du premier président noir des Etats-Unis à qui tout a réussi contraste avec l’authentique autobiographie de Barack Obama parue en 2020. Deux choses sont sûres: s’il s’était plié aux premières réticences de son épouse Michelle, jamais cet Afro-Américain ne serait devenu président des Etats-Unis. Deuxièmement, bien qu’ayant à maintes reprises fait part de sa retenue, durant l’ascension de Barack vers le sommet, son épouse et meilleure amie s’avère finalement être son plus fidèle soutien.
Il faut dire que la vie du couple Obama n’a en rien été un long fleuve tranquille, même si leur idylle avait bien commencé. C’est en effectuant un job d’été dans un cabinet d’avocats à Chicago après sa première année de droit à Harvard que le jeune Barack a rencontré Michelle LaVaughn Robinson. «Une femme belle, grande, drôle, pleine d’entrain, généreuse et d’une intelligence redoutable», comme il l’écrira dans Une terre Promise (éd. Fayard). De son propre aveu, l’étudiant est tombé immédiatement sous le charme de celle qui avait été chargée de le prendre sous son aile. Durant les deux années suivantes, Michelle et Barack passent leurs vacances ensemble. Ils se soutiennent dans les temps d’épreuve et de questionnnements existentiels… enfin, surtout ceux de Barack. A la fin de ses études de droit, le jeune homme annonce à Michelle qu’il retourne à Chicago pour travailler dans le social plutôt que dans les bureaux feutrés d’un cabinet d’avocats. C’est elle qui lui aurait d’ailleurs lancé: «As-tu remarqué que quand tu as le choix entre la facilité et la difficulté, tu choisis la difficulté à tous les coups?». Cette clairvoyance n’a pas retenu la brillante juriste de dire «oui» à Barack Obama, le 3 octobre 1992. Le début d’une vie qu’ils souhaitaient tous deux «productive et heureuse».

Première campagne électorale

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Trois ans plus tard, à la faveur d’un scandale moral d’un élu, plusieurs proches de Barack l’encouragent à se présenter au poste de sénateur de l’Etat d’Illinois. Avant d’en parler à son épouse, il prépare soigneusement ses arguments. En réponse, Michelle lui répond avec un baiser sur la joue et un acquiescement: «Je pense que si tu en as envie, alors tu devrais le faire.» Toutefois, elle lui fait promettre qu’ils ne déménageront pas.
Elu, il fait la navette entre Chicago et Springfield pour les sessions parlementaires. Les deux conjoints sont alors bien engagés, chacun de son côté. Barack se souvient qu’ils passaient de longs moments à se téléphoner en soirée lorsqu’ils étaient séparés. C’est d’ailleurs lors de ces appels nocturnes que Michelle annonce à son mari: «Ça y est». Et ce dernier de répondre: «Ça y est quoi?». «Tu vas devenir papa.»
Sa biographie décrit dès lors un futur père engagé. Barack Obama affirme qu’il s’est montré conforme à tous les clichés: «J’allais aux cours de préparation à l’accouchement sans douleur, j’ai monté un berceau, je me suis plongé dans les bouquins, etc.»
Après quelques mois de répit où Michelle est restée à la maison, elle reprend son travail. Malgré l’engagement d’une nounou, le couple apprend à jongler avec les impératifs et imprévus parentaux et ceux de la vie professionnelle. «Nous avons commencé à nous disputer plus fréquemment, tard le soir en général, quand nous étions tous les deux morts de fatigue», écrit Barack. La tension était réelle.
Le jeune politicien se souvient alors de la promesse qu’il s’était faite à la naissance de Malia, la première de ses deux filles: «Je serai là pour voir mes enfants grandir et qu’un jour ils sachent que je les aurai fait passer avant tout le reste». La réalité se révèle être tout autre. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que son épouse lui demande un jour si ses nombreux
sacrifices valent vraiment la peine, au vu des maigres résultats obtenus.

Revers électoral

Après une cuisante défaite lors des élections au Congrès au tournant de l’an 2000, Barack se discipline pour être plus présent à la maison le soir. Après la naissance de Sasha, en 2001, il reconnaît avoir mené une vie plus tranquille, pleine de petits bonheurs ordinaires. Un certain équilibre familial et professionnel s’installe alors.
Mais l’idéalisme politique du politicien de Chicago reprend rapidement le dessus. Convaincu que pour faire «bouger les choses», c’est à l’échelle nationale qu’il faut agir, il se met dans la tête de se présenter aux élections sénatoriales. La réaction première de son épouse est catégorique: «Ah ça non Barack, hors de question.»
Pourtant, après quelques semaines de discussions, en couple et avec des proches, Michelle cède en lui faisant promettre que ce serait la dernière campagne. Elle lui fait bien comprendre sa réticence: «Et ne compte pas sur moi pour faire campagne avec toi. D’ailleurs ne compte même pas sur ma voix.»
Un discours, prononcé lors de la convention démocrate de 2004 lui vaut une attention particulière. C’est juste après cette dernière que le couple embarque ses valises pour une tournée électorale avec toute sa famille en camping-car, pour des réunions couronnées de succès. En 2004, Barack est élu avec une confortable avance sur son rival. Mais la campagne, dense, a épuisé le couple. Cette année-là, toute la famille passe ses vacances de Noël à Hawaï.
Ce nouveau mandat politique place le couple Obama davantage au vert sur le plan financier. «Nous nous sommes retrouvés. Nous riions plus souvent et nous nous rappelions de nouveau que nous étions chacun le meilleur ami de l’autre.» Cette nouvelle situation leur permet en outre de réaliser que sur le fond, ils sont tous deux casaniers. Ils aiment se retrouver en couple, en famille. Mais un point de non retour avait néanmoins été franchi. La nouvelle vie politique de sénateur rend leur vie conjugale publique. Désormais, les gens les reconnaissaient dans la rue, au zoo et partout où ils se rendent.

Un point de non retour a été franchi: la vie politique a rendu leur vie conjugale publique

La présidence en ligne de mire

Lorsque l’entourage de Barack commence à le «chauffer» sur une éventuelle candidature pour les présidentielles, son épouse Michelle n’est pas dupe. «Au début, elle a simplement ignoré toute cette effervescence», raconte le futur résident de la Maison Blanche. Toutefois, un beau soir d’été, après avoir couché les filles, Barack se jette à l’eau et dit à son épouse: «Tu sais bien que je n’avais rien prévu de tout ça. Mais je pense qu’il faut qu’on envisage sérieusement cette possibilité.» Mais une fois encore, son épouse lui répond sèchement: «Nous? J’ai bien entendu? Tu veux dire toi, Barack. C’est ton truc à toi. Je t’ai toujours soutenu, parce que je crois en toi, même si je hais la politique. Je hais le fait que ça empiète sur notre vie de famille.»
Ce soir-là, les yeux dans les yeux, Barack lui dit: «Si tu crois qu’on ne devrait pas y aller, alors on n’ira pas. C’est aussi simple que ça. C’est toi qui as le dernier mot.» Après un temps de pause, elle lui répond: «Si tu penses vraiment ce que tu viens de dire, alors je ne veux pas que tu te présentes à l’élection présidentielle, en tout cas pas maintenant.»
La suite de l’histoire, on la connaît. La vision, l’idéalisme et le charisme du sénateur de l’Illinois ont eu raison de la résistance de son épouse. Cette dernière s’est pourtant révélée être son plus fidèle soutien et le projet politique de son mari est finalement devenu un projet familial. En 2008, il devient le premier Afro-Américain à accéder à la fonction présidentielle des Etats-Unis. N’est-il pas surprenant de voir à quoi peut tenir un destin présidentiel?

Magazine Family

Article tiré du numéro Family 4/21 Novembre 2021 – Janvier 2022

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