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Les petites fugues

La chronique de Myriam Demierre, comédienne, auteure des one-woman-shows «L’école des mères» et «Ô Temps pour moi».

Les «grands» anniversaires tels que l’accession à la majorité permettent au parent indigne que je suis de prendre conscience du retard accumulé dans la gestion de l’album photos de l’ex-bambin, désormais futur adulte (ir)responsable. Et d’y remédier (au retard accumulé donc, l’irresponsabilité, on a fait tout ce qu’on a pu et il faut être réaliste: à cet âge, on n’a plus guère de levier). Le nez dans les images, les souvenirs remontent instantanément. La photo d’un bonhomme Michelin miniature dans la neige me rappelle alors que Junior No3 était un champion de sa spécialité: la fugue. Un jour, alors que j’avais laissé mon nain de jardin préféré s’ébattre dans le jardin clôturé, montant à l’étage en bénissant le fait que ce jardin me permettait désormais d’avoir la paix pour effectuer d’ingrates mais néanmoins essentielles tâches ménagères, voilà qu’un coup de sonnette vient me déranger!
Je dévale l’escalier, j’ouvre la porte et découvre ma voisine, tenant à la main quelque chose qui ressemble fort à mon fils détrempé (mais cela ne peut pas être lui, puisque celui-ci est en sécurité dans le jardin). «Je l’ai trouvé en train de patauger dans ma fontaine», me dit-elle. Je marmonne un remerciement désabusé et empli de scepticisme, j’empoigne le clone mouillé de ma descendance et me rend au jardin avec lui. Là, je dois bien me rendre à l’évidence: l’original a disparu!
Je considère alors le nain, qui est aussi goguenard que détrempé et, tel le renard au corbeau, tente alors la flatterie: «Oscar, tu me montres par où tu es passé, pour que je puisse jouer avec toi?» Tout fier, le fruit de mes entrailles se rend vers la haie de thuya et, tel un soldat à l’affût, se jette au sol pour commencer à ramper entre deux troncs de la haie. Ni une ni deux, je le chope par les pieds et entreprend de boucher les trous criminels au moyen d’un petit grillage.
Estimant avoir écarté tout danger, j’ai à nouveau laissé mon aventurier s’ébattre dans le jardin. Jusqu’au jour d’hiver où nous attendions des amis pour le repas et avions laissé nos trois enfants faire un bonhomme de neige dans le jardin. Une fois de plus, un coup de sonnette vient nous déranger. C’était les amis que nous attendions, notre bonhomme Michelin à la main: «On a trouvé ça sur le trottoir, près de la fontaine. Apparemment ça vous appartient.»

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