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Il faut tout un village pour élever un enfant

© Istock
Au cours du développement d’un enfant, la présence d’une personne de référence autre que ses parents est bénéfique pour son bien-être. Un oncle, une animatrice, un professeur... Ces adultes qui nous entourent, et s’ils devenaient le petit village de notre enfant? Témoignages.
David Métreau

Les parents ne sont pas les seuls adultes qui vont compter dans la vie des enfants et parfois faire la différence. Au-delà de la cellule familiale stricte, grands-parents, oncles et tantes, grands cousins, professeurs, entraîneurs sportifs ou tout simplement amis ont un grand rôle à jouer. Charge aux parents de leur laisser la juste place. Damien, Pierre, Léa et Claire rendent hommage à des amis adultes qui ont marqué leur enfance.

Damien, pris sous l’aile de son enseignant

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Si les parents sont selon la loi et l’usage responsables de subvenir aux besoins fondamentaux de leurs enfants, à mesure que ces derniers grandissent, d’autres adultes vont compléter ce travail de base. Cela se passe notamment dans le cadre de l’école, lieu de socialisation par excellence. «Avec ma famille nous venions de rentrer de l’étranger, je commençais l’école avec du retard sur le programme par rapport aux autres», se souvient Damien, aujourd’hui trentenaire. L’instituteur Philippe et son épouse avaient su voir le stress chez l’enfant et lui avaient proposé de venir chez eux en dehors du temps scolaire pour «rattraper» le retard, avec l’accord des parents, dans une ambiance plus détendue qu’à l’école.

Bien des années plus tard, Damien conserve un souvenir ému de ce couple qui avait su s’intéresser à lui personnellement, avec «tact, douceur et bienveillance». Même si, avec les déménagements successifs de sa famille, le lien avec son ancien professeur s’est étiolé, Damien, lui le petit garçon timide intérieur, reste attaché à ce professeur au grand cœur à qui il veut ressembler. «Je me sentais considéré comme une personne et pas seulement comme un numéro. Je crois que Philippe, lui aussi réservé, s’était identifié à moi, en plus jeune, et me comprenait.» L’amitié entre Damien et les enfants de l’instituteur avait aussi contribué à renforcer les liens.

Pierre, hébergé par son oncle de cœur

L’adolescence de Pierre a été marquée par un conflit ouvert avec ses parents. L’éducation parentale très stricte «ne collait pas avec le caractère rebelle et raisonneur» de celui qui est aujourd’hui travailleur social, dit-il de son propre aveu. «La situation empirait à la maison. Le dialogue était impossible, je ne voyais pas d’issue.»
Stéphane, un ami des parents en qui Pierre avait confiance et avec qui il avait des affinités, en plus d’être son ancien maître de stage, avait alors joué le rôle de médiateur. «La confiance des deux côtés a permis l’apaisement des tensions. Je savais que Stéphane ne me jugeait pas et mes parents connaissaient suffisamment Stéphane, sa famille et leurs valeurs pour leur faire confiance. J’ai alors été hébergé chez eux pendant plusieurs semaines, le temps qu’une solution plus pérenne soit trouvée», relate Pierre.
Stéphane est resté pour lui un oncle de cœur, qui avait su être un médiateur précieux. «Aujourd’hui dans mon travail, j’essaie d’adopter la même attitude avec les jeunes que je conseille, même si parfois il faut savoir mettre une saine distance», souligne Pierre, très proche de ses neveux et nièces.

Léa est encore amie avec sa personne de référence

Née dans une famille nombreuse, Léa avait besoin d’être appréciée pour ses qualités. Compétitive, c’est dans le sport et notamment dans le scoutisme qu’elle a pu s’épanouir. «J’avais une identité claire et j’étais entourée de personnes qui avaient du temps pour m’écouter», souligne la jeune femme. Parmi elles, Laurence, l’une des animatrices, que Léa a vite considérée comme modèle, appréciant sa douceur, sa joie et son humour.
«Grâce aux années et à nos centres d’intérêt similaires, nous sommes aujourd’hui encore amies en tant qu’adultes, sur un pied d’égalité», témoigne Léa, mère de deux enfants. Lors de ses études, elle est elle-même devenue animatrice auprès de jeunes enfants. «En tant qu’animatrice, je ne sais pas si j’ai imité Laurence, mais j’ai à mon tour eu à cœur d’encourager la turbulente Eva, une fillette de huit ans avec un grand cœur, beaucoup de fantaisie et d’imagination.»

Elle espère avoir, à son tour, contribué à apaiser un enfant dans une situation critique de sa vie

La jeune femme espère avoir à son tour contribué à apaiser l’enfant pendant une période critique de sa vie, en l’occurrence lors de la séparation de ses parents. Quand l’enfant deviendra à son tour «adulte de référence», la chaîne vertueuse se poursuivra.

Au lieu d’avoir des parrains-marraines, Claire a choisi un couple d’amis

Pour Claire, l’expérience a été un peu différente. Ses parents ont d’emblée souhaité mandater des personnes de référence pour entourer leurs enfants. «Mes parents ne nous ont pas attribué de parrains-marraines à notre naissance, à mes frères et sœurs et à moi. Par contre, quand nous avons atteint l’âge de douze ans, chacun notre tour, ils nous ont demandé de choisir un couple qui allait prendre ce rôle de référence dans nos vies, jusqu’à nos dix-huit ans.»
Présenté comme un mandat par les parents de Claire, l’engagement de ce couple, s’il l’acceptait, était de l’accompagner durant les années charnières de l’adolescence. Le choix n’a pas été simple pour la jeune fille, qui n’avait pas d’affinité particulière avec les adultes à ce moment-là. Elle a finalement choisi un couple de son entourage avec qui elle avait eu quelques bonnes discussions: «Par la suite, le lien créé avec ce jeune couple a permis d’établir une relation de grande confiance. Je me sentais libre d’aborder tous les sujets que je n’étais pas à l’aise de confier à mes parents. Je leur posais beaucoup de questions.»


A de nombreuses reprises, elle a passé des soirées et des vacances avec eux, découvrant ainsi un modèle familial différent du sien. «Ils m’ont vue grandir, évoluer. De douze ans à dix-huit ans, j’ai beaucoup changé. Ils étaient là pour moi à chaque étape de ma vie adolescente.»
Encore aujourd’hui, elle garde une relation d’amitié particulière avec ce couple, dont les trois enfants sont devenus adolescents entre-temps. Claire étant actuellement âgée de 24 ans, ses personnes de référence ont terminé leur «mandat» depuis bien longtemps. Mais les relations de cœur sont faites pour durer toute une vie.

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