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L’amour est dans la ferme

Family s’est passionné pour une expérience étonnante vécue par Elisa (E) et Jean-Philippe (JP), un jeune couple alsacien, qui ont développé projet agricole commun (mais hors du commun). Interview.

Il faut être déterminé pour exercer le métier de fermier de montagne en élevage bio quand la rentabilité repose sur un travail soutenu… Comment en êtes-vous arrivés à un tel projet?

JP: Gamin, j’aimais les fermes bordant le village périurbain où j’ai grandi, mais aussi le scoutisme. Après un bac agricole et moult stages, j’ai décidé de m’installer comme paysan.
E: J’ai rencontré l’agriculture en même temps que Jean-Philippe, vers vingt ans. Choisir de vivre avec lui allait bien sûr influencer nos choix de vie. Comme il n’est pas issu d’une famille d’agriculteurs, il fallait déjà trouver une ferme à reprendre: et c’est à Aubure que cela a pu se faire, avec un montage associatif.

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Cette activité agricole est-elle contraignante?

E: Oui… une vache, c’est très grand! J’ai mis un peu de temps à m’y habituer. Avec le terrain montagnard et les conditions climatiques, il a fallu trouver un animal adapté. La Vosgienne peut bien brouter l’herbe des pentes. Et puis il y eu tout de suite des travaux très physiques, toujours en biodynamie, ce qui suppose une adéquation avec le milieu, et du muscle, en plus des deux traites par jour!
JP: Oui, à mes yeux, une ferme c’est comme un organisme vivant: pour qu’il soit autosuffisant, auto-fertile, et puisse créer de la valeur ajoutée avec des produits sains, il faut travailler les prés, le sol, le troupeau. Mais j’aime ça. La ferme est à mon image! J’observe beaucoup, pour qu’on puisse bien vivre, mes bêtes et moi. C’est un échange…

Mais est-ce que c’est rentable?

E: On ne va pas se le cacher. C’est utile que j’aie un travail extérieur, vu les aléas. Car sans cesse, on arbitre (par exemple, finies les quelques poules, tant les renards sont rusés!). C’est un style de vie adopté en commun, évolutif, avec des compromis. A présent, une seule traite par jour: les bras de Jean-Phi, notre couple, notre famille, apprécient et les vaches aussi!
JP: La vraie valeur est ailleurs. Mes yaourts et des fromages blancs sont vendus en magasin bio (des alentours), dans des verres consignés, que je lave.
E: Et les veaux restent à la ferme. Si les mâles, bien traités, sont pour la bouche, les velles s’intègrent dans le troupeau, une fois gestantes.
JP: Oui, je noue une relation avec elles, on se connaît. Or, en bio, c’est cher et prenant… Autant de choix faits «en conscience», qui définissent notre identité.

Vous choisissez aussi d’accueillir et de former…

JP: J’aime accueillir pour transmettre, mais je mets au travail aussi. Si on n’y est pas prêt, il ne faut pas s’engager là. Il importe d’être humble aussi: chaque jour il y a des surprises. Des ajustements sont à faire: amender plus finement, déplacer une clôture, planter tel arbre ici ou là, adapter un process, mieux construire le troupeau…
E: Jean-Philippe, aussi passionné que passionnant, organise des «chantiers à la ferme»! Il se réalise dans ce qu’il porte. Pour moi la citadine, un fermier nourrissait des gens, point. Mais je le vois: il prend aussi soin des paysages, voire ménage des îlots de biodiversité où l’on fertilise et dynamise le sol à bon escient. Sans agriculteurs, la forêt tomberait sur les maisons, on ne pourrait plus vivre en communauté humaine dans la montagne.

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