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La communication non-violente ou comment canaliser ses émotions

© Roue des émotions de Robert Plutchik, Wikipedia
La méthode de communication mise au point par Marshall B. Rosenberg invite à prendre la responsabilité de ses émotions en travaillant principalement sur la connaissance et ensuite l’expression de ses besoins. Petite présentation avec quatre spécialistes. Dossier: Vivre et dire ses émotions, ça s’apprend!
Magda Richard

La communication non-violente (CNV) est connue comme un processus de communication en quatre étapes faciles à retenir: Observation, Sentiment, Besoin, Demande ou «OSBD». Il s’agit de se connecter à soi et au cœur de l’autre avec empathie, d’identifier et comprendre ses propres émotions et besoins pour les exprimer sans attaque ni jugement, avec la possibilité de faire une requête sans exigence. L’objectif étant ensuite de coopérer, en mobilisant nos ressources mutuelles et en se donnant de bon cœur en dehors de toutes pressions et motivations forcées, pour inventer une solution «gagnant-gagnant» satisfaisant les besoins de chacun, et ainsi éviter de jouer à «qui a raison», comme le précise Marshall B. Rosenberg, fondateur de la CNV, dans Les mots sont des fenêtres ou bien ce sont des murs (éd. La Découverte).

Temporiser plutôt que de «laisser aller sa bouche»
«Plutôt que de réagir de façon émotionnelle, la CNV propose d’observer la situation réelle et de poser les choses de façon factuelle afin d’être plus neutre et de pouvoir situer quel fait concret est le sujet de son émotion», indique Nicole Deheuvels, conseillère conjugale à la Cause. Elle conseille aussi de «ralentir la communication»: temporiser son envie de réagir en se donnant quelques secondes pour réfléchir, ressentir ce qui se passe en soi et choisir ses mots avant de répondre, au lieu de «laisser aller sa bouche». Pour Muriel Duhem, coach en communication apaisée, quand on est submergé par l’émotion mieux vaut se mettre à l’écart, respirer, écrire ou dessiner pour les enfants, pour se reconnecter à soi et éclaircir les choses. Selon Bénédicte De Dinechin, conseillère conjugale, un travail, après coup, de repérage en soi-même accomplit 80% du travail en CNV.

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Tout commence par soi
Tout commence par soi, c’est l’auto-empathie. Elle permet de percevoir ce qu’on vit à l’intérieur, de comprendre ce dont on a besoin et ce qu’on peut en faire.
Il n’est pas toujours simple de sentir ses émotions ou à l’inverse de ne pas se laisser submerger. Aussi, explique Bénédicte De Dinechin en citant Jean Montbourquette, «la voie royale pour se connecter à ses émotions, c’est le corps». Ressentir ses sensations corporelles aide à identifier ses émotions surtout si on a du mal à les percevoir ou à en prendre conscience. Lorsque l’on ressent une sensation ou une douleur physique sans raison particulière, c’est souvent un message qu’envoie notre corps sur la présence d’une émotion contenue. Ce préalable est important pour se connecter à ses émotions et pouvoir le dire à son conjoint ou enfant, dans un deuxième temps.
Nicole Deheuvels explique que nommer ce qu’on ressent est efficace car plus on nomme son émotion, plus on l’affine et plus on peut comprendre son message et être précis pour la partager.

Nommer l’émotion lui fait perdre en intensité
Pour Muriel Duhem, c’est en voyant faire son parent que l’enfant apprend à repérer et exprimer son émotion. Il est important de le guider à la nommer et de l’autoriser à la vivre tout en posant un cadre. Légitimer l’émotion, ajoute Bénédicte De Dinechin, n’est pas encourager le passage à l’acte. Au contraire plus on nomme une émotion, plus elle perd en intensité et se dégonfle. Une «roue des émotions», (photo) outil pour identifier ses émotions permet de s’exercer à la CNV seul ou en famille.
Une fois identifiée, explique Bénédicte De Dinechin, on peut accueillir son émotion. Cela veut dire qu’on s’autorise à la vivre, avec honnêteté et sans jugement. C’est une alliée qui a une utilité et un sens parce qu’elle indique, comme le signal lumineux d’un tableau de bord, un besoin avec un réservoir vide ou plein. On peut décider de ce qu’on en fait ensuite.

Sortir du registre moral
Muriel Duhem précise qu’il n’y a pas moralement de bonnes ou mauvaises émotions mais juste des agréables ou désagréables. Lorsqu’on éprouve une émotion désagréable on veut la supprimer mais cela ne résout rien car elle signale un besoin inassouvi et risque alors de s’intensifier. Comme pour l’émotion, précise Nicole Deheuvels, il n’est pas simple mais crucial d’identifier et comprendre ses besoins non satisfaits en se demandant «de quoi ai-je besoin?». Une liste détaillée des besoins est aussi un bon moyen pour nous y aider.

Son mode d’emploi à l’intention d’autrui
Elle ajoute que d’exercer la CNV dans les moments sereins, permet de s’approprier cette méthode pour ensuite pouvoir l’utiliser dans les moments plus compliqués.
Voici la formule magique en CNV: quand (situation), je ressens (émotion) car j’ai (besoin), est-ce que (demande)? La clé étant d’abord de repérer et accueillir en soi ses émotions et besoins, en toute honnêteté et sans se juger, pour les comprendre et pouvoir ensuite les exprimer à l’autre sans agressivité comme si on lui révélait son mode d’emploi. Si l’autre le fait également, cela permet d’être dans l’empathie l’un pour l’autre.

Pas d’intention sur autrui
Il n’y a pas d’intention derrière ni de projet sur autrui, c’est donc respectueux et non-violent. Tout en reconnaissant humblement, conclut Bénédicte De Dinechin, «que notre bonne volonté pourra s’accompagner d’attentes, voir d’un fond de jugement, même si la CNV est fructueuse, car l’on est humain.»

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