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Les conflits entre frères et sœurs, un terrain d’entraînement à la vie adulte

© Istockphoto
Exprimés dans un cadre défini et sain, les conflits entre frères et sœurs peuvent se révéler formateurs à la vie en société. Jalousie, négociation, partage et expression des sentiments permettent ainsi de forger des caractères assurés et équilibrés.

«C’est ma chambre, mes jouets, mes fringues», «ma sœur est plus belle que moi avec ses cheveux frisés, alors que les miens sont tout raides», «il est tout le temps dans sa chambre, il ne veut jamais jouer avec moi», «c’est elle qui a mangé tous les gâteaux», «arrête de faire le bébé», «toute façon tu ne sais pas lire». Voici un joyeux florilège, tout en tendresse, des conflits entre nos enfants! Si cruel cela nous paraît-il, les frictions, jalousies et autres rivalités sont pourtant un passage obligé pour grandir.
Au même titre que la négociation, le partage, l’écoute ou l’empathie, le conflit est au cœur de la relation. Ce que nous montre, par exemple, la dispute bien connue au sujet de la place à table: qui sera à côté de maman? Clémentine et Amélie se transforment en expertes-comptables du nombre de minutes et de paroles échangées entre chacune d’elles et leur mère au moment du repas. «Hier c’était déjà toi, alors demain c’est moi mais je veux bien te laisser au goûter.» Le ton, les pleurs et la frustration montent, jusqu’à ce que Julie, leur maman, intervienne: «Finalement ce n’est pas tellement moi qui vous intéresse, j’ai un peu l’impression d’être un objet.» Quelques jours plus tard, à l’école, des copines se disputent pour jouer avec Clémentine. Cette dernière leur rétorque, agacée: «Je ne suis pas votre jouet!»

Un terrain d’entraînement

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La fratrie est le terreau privilégié de l’apprentissage de la ressemblance et de l’altérité. Nous sommes semblables parce que nous avons une histoire commune, le même patrimoine génétique, des ressemblances physiques; mais nous sommes différents parce que nous sommes uniques, singuliers, nous n’avons pas le même sexe, pas la même place.
Toutefois sur le terrain du jeu de la fraterie, tous les coups ne sont pas permis. Si les conflits peuvent s’exprimer, la violence doit être contenue. Comme dans une portée où les chatons mesurent leur force, leur dextérité et leur rapidité dans les bagarres, si le jeu va trop loin, la mère intervient d’un coup de patte. L’influence des parents est essentielle car elle délimite le cadre dans lequel les émotions vont s’exprimer.
C’est l’apprentissage de toute une vie: être battu à la loyale, ressentir la honte d’être moqué, pressentir les effets du pouvoir sur l’autre, puis le perdre. L’individu se prépare à affronter la vie en société, faite d’inégalités, de litiges, et d’incompréhensions.
Anne raconte qu’à dix-huit ans, elle a été engagée dans une équipe d’animation pour encadrer des jeunes difficiles. Au cours d’une altercation entre deux adolescentes, Anne se souvient s’être retrouvée figée face à l’opposition de l’une d’entre elles: «Puis une collègue déboule dans la chambre et s’exclame les poings sur les hanches: “Alors qu’est-ce qui se passe ici? Moi j’ai grandi avec sept frères, c’est pas la confrontation physique qui va me faire peur!”» Anne était impressionnée de découvrir qu’il pouvait exister une telle assurance chez une fille de son âge.

La responsabilité des aînés

Les parents transmettent quelque chose de leur propre expérience de fratrie. Ils amènent leur vécu d’enfants, qu’ils aient été écrasés ou tyranniques, qu’ils aient expérimenté la compassion ou la souffrance.
Gaëlle est l’aînée d’une fratrie de cinq enfants. Elle raconte qu’assez tôt dans son enfance, ses parents lui ont demandé de garder ses frères et sœurs. «Deux de mes frères se disputaient violemment tout le temps, c’était vraiment difficile. J’ai dû développer des stratégies pour gérer les conflits entre eux, sans abuser de la responsabilité qui m’était confiée. Mes parents avaient quant à eux une façon abusive d’imposer leur autorité!»
Si cette expérience d’auxiliaire parentale lui a parfois paru lourde à porter, Gaëlle précise que cela lui a donné confiance en elle sur sa capacité à avoir un jour une famille. Attention toutefois à ce que les rôles assignés aux enfants ne les enferment pas: la structure familiale doit demeurer souple et surtout évolutive, comme l’illustre Baptiste, vingt-quatre ans, lorsqu’il évoque les relations avec son deuxième petit frère: «C’était un peu mon souffre-douleur. Je le faisais accuser de trucs que j’avais faits, je profitais de sa gentillesse. Je lui en faisais baver. Aujourd’hui j’ai changé, lui aussi. Et sans forcément qu’il y ait eu de mots, j’ai le sentiment qu’il m’a pardonné. Il a été capable de me redonner ma place de grand frère, en m’honorant, en me faisant confiance, en me considérant. Là, dans ces situations, on prend conscience que chacun a évolué.»

Magazine Family

Article tiré du numéro Family 1/22 Février – Avril 2022

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